Vaccins en développement

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Les vaccins constituent, avec les progrès dans le domaine de l’hygiène, l’avancée la plus importante dans la lutte contre les maladies infectieuses. Cependant, de nombreuses infections ne bénéficient pas aujourd’hui d’un vaccin (VIH, paludisme) ou de vaccins avec une efficacité suffisante (grippe, tuberculose). La mise au point de nouveaux vaccins et une meilleure utilisation des vaccins déjà disponibles représentent un enjeu important pour diminuer la morbi-mortalité liée aux infections et la résistance aux anti-infectieux.

Les recherches en cours portent sur la mise au point de nouvelles technologies vaccinales, le développement de nouveaux adjuvants et l’évaluation de nouvelles stratégies, comme la vaccination de la femme enceinte pour protéger le nourrisson, et la protection des personnes fragiles (immunodéprimés, sujets âgés). La mise au point de nouveaux vaccins, l’amélioration des vaccins existants, la protection des personnes les plus fragiles et la réponse aux infections émergentes représentent des enjeux majeurs en termes de santé publique. Sans oublier qu’il faut aussi convaincre la population de l’intérêt de se vacciner.

Nouvelles technologies vaccinales, recherches sur les adjuvants et les voies d’administration

Les progrès réalisés dans le domaine de la génétique des agents infectieux ont permis la mise au point de vaccins par des technologies vaccinales modernes.

Nouvelles technologies pour construire de nouveaux vaccins

Ces technologies sont par exemple :

  1. l’identification des gènes de virulence permettant leur délétion par génie génétique et la mise au point de vaccins vivants atténués plus sûrs que ceux actuellement disponibles ;
  2. l’utilisation de vecteurs recombinants, provenant d’un virus ou d’une bactérie peu ou pas pathogène pour l’homme, modifié génétiquement pour accueillir l’ADN ou l’ARN d’un autre organisme (technologie utilisée récemment pour les vaccins Ebola) ;
  3. la mise au point de vaccins chimériques, technologie consistant à insérer les gènes d’intérêt dans le génome d’une souche vaccinale efficace, déjà utilisée en routine (exemple du vaccin Dengvaxia®, vaccin contre la dengue mis au point par Sanofi Pasteur, vaccin vivant atténué recombinant chimérique basé sur le vaccin fièvre jaune 17D et exprimant les gènes d’enveloppe des quatre sérotypes du virus de la dengue) ;
  4. la technique de « vaccinologie inverse » permettant d’identifier au sein du génome de la bactérie les gènes susceptibles de coder pour une protéine de membrane immunisante et conservée entre les espèces (exemple du vaccin contre les infections invasives à méningocoque B, Bexsero®).

Travaux sur de nouveaux adjuvants

La mise au point de nouveaux adjuvants fait l’objet de nombreux travaux. L’adjuvant, administré avec l’antigène vaccinal, permet d’augmenter ou d’orienter la réponse immunitaire induite en fonction des micro-organismes visés. Les adjuvants permettent d’augmenter la réponse innée au site de l’injection et la réponse spécifique. Pendant très longtemps, l’aluminium était le seul adjuvant disponible. Plus récemment, des adjuvants lipidiques ont été introduits (exemple des vaccins contre les infections à HPV, Cervarix®, ou contre le zona, Shingrix®, qui sera disponible prochainement en France).

Travaux sur les voies d’immunisation

La possibilité d’utiliser de nouvelles voies d’immunisation pour induire une réponse immunitaire de meilleure qualité et améliorer le confort en évitant la voie injectable font l’objet de recherches nombreuses. Ainsi, l’administration d’un vaccin via des patchs transdermiques ou par voie muqueuse (orale, nasale, sublinguale, rectale ou vaginale) est à l’étude. Certains vaccins sont déjà administrés par voie orale (par exemple les vaccins rotavirus) ou intra-nasale (exemple du vaccin antigrippal vivant atténué, Fluenz®, avec une AMM en Europe chez l’enfant entre 2 et 18 ans). Ils permettent d’induire une immunité mucosale de meilleure qualité qu’avec la voie intramusculaire et une immunité systémique en évitant les injections.

Stratégies de vaccination personnalisée

Les vaccins longtemps destinés à une vaccination de masse se sont développés plus récemment pour la protection de populations plus ciblées. Sont plus particulièrement visées : les personnes aux âges extrêmes de la vie, les personnes immunodéprimées et celles à risque de développer une infection liée aux soins.

Vaccination de la femme enceinte

Immuniser la femme enceinte permet de la protéger (exemple du vaccin grippe), mais également de protéger le nouveau-né et le jeune nourrisson grâce au transfert transplacentaire des anticorps maternels (exemple des vaccins grippe et coqueluche).

Deux vaccins visant à immuniser la femme enceinte pour protéger le nouveau-né sont en développement clinique : un vaccin contre les infections par le virus respiratoire syncytial (VRS) et un vaccin contre les infections à streptocoques du groupe B.

Vaccin contre le VRS

Le VRS est actuellement la 1ère cause de pneumopathie virale chez l’enfant de moins de 2 ans. La mise au point d’un vaccin chez le nourrisson avait été interrompue après les échecs des essais réalisés il y a plusieurs dizaines d’années. Aujourd’hui, les recherches ont repris et visent la femme enceinte, en faisant l’hypothèse que les anticorps maternels transmis puissent assurer la protection des nouveau-nés et très jeunes nourrissons. Plusieurs vaccins contre le VRS sont en cours de développement dont un dans un essai de phase 3 chez la femme enceinte, dont l’objectif est d’évaluer la capacité du vaccin à protéger le nourrisson.

Vaccin contre le streptocoque du groupe B

Environ 800 cas d’infections invasives à streptocoque du groupe B (SGB) sont observés chaque année en France chez les nouveau-nés, avec une mortalité élevée (50 à 100 décès par an) et des séquelles neurologiques dans 25 à 50% en cas de survie. Un essai d’efficacité de phase 3 est actuellement en cours chez la femme enceinte.

Vaccination des personnes immunodéprimées et des sujets âgés

Le vieillissement de la population et le nombre croissant de personnes immunodéprimées (déficits immunitaires primitifs mais surtout secondaires) nécessitent de pouvoir proposer des stratégies de vaccination plus efficaces avec les vaccins existants (exemple des vaccins hépatite B et grippe) et le développement de nouveaux vaccins afin de réduire leur risque infectieux. De plus, l’innocuité des vaccins doit faire l’objet d’une évaluation spécifique dans ces populations. Ceci nécessite de pouvoir évaluer les vaccins déjà existants chez ces patients qui ont été le plus souvent exclus des essais d’enregistrement mais surtout de développer des vaccins plus immunogènes.

Vaccin contre la grippe

Un vaccin grippe « high dose » dont le dosage en virus grippaux est quatre fois plus élevé que dans le vaccin classique (60 microgrammes versus 15) est actuellement disponible en Amérique du Nord pour la vaccination des plus des 65 ans.

Vaccin contre le zona

Le vaccin zona actuellement disponible, Zostavax®, a été développé pour limiter le risque de survenue de la maladie et de ses conséquences chez les personnes de plus de 50 ans. Cependant, il s’agit d’un vaccin vivant atténué qui ne peut être utilisé chez les personnes immunodéprimées en raison du risque de maladie vaccinale. Deux autres vaccins pourront être utilisés dans ce cadre, un vaccin inactivé dont le développement est en cours et le vaccin sous-unitaire adjuvanté, Shingrix®.

Vaccination contre les infections liées aux soins

L’objectif de cette approche est de réduire la fréquence de survenue de ces infections, réduire la prescription d’antibiotiques et l’émergence des résistances dans le cadre plus large du plan national antibiotiques et in fine, de limiter la morbidité et la mortalité liées à ces infections.

Des vaccins déjà disponibles (grippe, hépatite B, coqueluche, etc.) permettent de réduire le risque des infections liées aux soins. D’autres vaccins sont en cours de développement. On peut citer le développement de vaccins contre la bactérie Clostridium difficile (CD) dont l’incidence a augmenté au cours des dix dernières années. Ces vaccins utilisent une approche « toxoïd » (sur le modèle des vaccins constitués par les anatoxines du tétanos ou de la diphtérie) incluant les toxines A et B inactivées et des sels d’aluminium. Un essai de phase 3 auquel la France participe est actuellement en cours. Des vaccins visant à prévenir les infections par Staphylococcus aureus sont également en cours d’évaluation chez des patients devant bénéficier d’une intervention chirurgicale. Enfin, sont également en cours de développement des vaccins visant à prévenir la survenue d’infections à bactéries à Gram négatif comme Pseudomonas aeruginosa ou Escherichia coli.

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