Histoire d'une polémique : vaccin ROR et autisme

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En 1998, le journal médical britannique de référence The Lancet publie une étude remettant en cause l’innocuité du vaccin rougeole-oreillons-rubéole (ROR). Le travail porte sur 12 enfants et conclut que le vaccin ROR est responsable d’un tableau combinant un autisme et des troubles digestifs (« autistic enterocolitis »).

Le chirurgien Andrew Wakefield, premier auteur de la publication, organise à l’occasion de cette publication une conférence de presse dans un hôpital londonien et appelle les parents à immuniser leurs enfants avec un vaccin monovalent contre chacune des trois maladies, qu’il déclare moins dangereux que le vaccin combiné.

La presse britannique va relayer et donner une grande ampleur à ces propos, qui font rapidement leur effet auprès de l’opinion publique. De fait, cette controverse a eu comme conséquence au Royaume-Uni une baisse importante de la couverture vaccinale du ROR dès l’année 1998, provoquant la résurgence de la rougeole. Cette maladie, qui était en régression constante depuis 1994-1995, est ainsi redevenue d’actualité à partir de l’année 2000, deux ans après la publication de l’article : la progression du nombre de cas de rougeole est ainsi directement imputable à la controverse provoquée par Wakefield. La couverture vaccinale n’est repartie à la hausse qu’en 2005-2006.

En parallèle, les conclusions de l’article d’A. Wakefield ont progressivement été remises en cause sur un plan scientifique.

  • D’une part, sur un plan épidémiologique, aucune des études menées sur des populations importantes ne mettait en évidence de lien entre la vaccination contre rougeole-oreillons-rubéole (ROR) et des troubles du spectre autistique.
  • D’autre part, il apparaissait que les données présentées dans cet article résultaient d’une fraude : entre autres, les enfants ne présentaient pas de lésions digestives, le délai entre la vaccination et les signes d’autisme n’était pas celui qu’avaient rapporté les parents, et leur inclusion dans l’étude résultait de la volonté de leurs parents de poursuivre le fabricant du vaccin et non de la constatation d’un état clinique particulier.

Après une enquête d’investigation menée par le journaliste Brian Deer, l’article est désavoué (retracted) par le Lancet en 2010. B. Deer publie son enquête un an plus tard dans le British Medical Journal et révèle deux aspects supplémentaires de la fraude :

  • A. Wakefield était rétribué avant la parution de son article par un cabinet d’avocats, dans le but d’asseoir un lien scientifique entre la vaccination et une maladie, ce qui faciliterait la mise en œuvre d’une plainte à grande échelle,
  • A. Wakefield prévoyait de commercialiser un test de dépistage pour « l’entérocolite autistique », test dont la rentabilité était estimée à plusieurs dizaines de millions de livres par an.

Rétrospectivement, cet épisode peut donc se résumer comme la publication dans des conditions problématiques d’un travail scientifique frauduleux, réalisé pour servir des intérêts financiers, et qui, du fait d’un grand écho médiatique, va être associé à une perte de confiance dans le vaccin, une baisse de la couverture vaccinale et une résurgence d’une maladie infectieuse ; et cela alors qu’aucun travail scientifique n’était venu corroborer les résultats de l’étude initiale.

Le Royaume-Uni n’est toutefois que l’épicentre de cette controverse qui, du fait de sa rédaction en langue anglaise, s’est largement répandue. Elle persiste dans de nombreux esprits, notamment aux États-Unis, malgré la révélation de la fraude opérée par Andrew Wakefield et le fait que des dizaines d’études épidémiologiques et physiopathologiques n’ont jamais mis en évidence un lien quelconque entre le vaccin ROR et l’autisme.

Bibliographie

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