Histoire d'une polémique : vaccination contre l'hépatite B et sclérose en plaques

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La sclérose en plaques (SEP) est une maladie neurologique liée à une démyélinisation inflammatoire atteignant la substance blanche du système nerveux central. Sa physiopathologie reste mal comprise, bien que certains facteurs de risque environnementaux et infectieux aient été identifiés.

Durant les années 1990, des cas de SEP survenus après une vaccination anti-VHB ont été rapportés. Ces notifications sont survenues dans un contexte d’une très large activité de vaccination (plus de 75 millions de doses fin 1997). Lors de cette période, en effet, la vaccination a été réalisée dans les populations chez qui elle était recommandée, mais également chez des personnes adultes non à risque d’hépatite B.

Un grand nombre de premières poussées de SEP ont ainsi pu, par hasard, survenir peu après une vaccination anti-VHB. En 1998, la médiatisation de ces cas a conduit les pouvoirs publics, malgré l’absence de preuves d’un lien quelconque, à interrompre la campagne de vaccination en milieu scolaire, tout en maintenant la vaccination des pré-adolescents en secteur libéral ainsi que celle des nourrissons et des professionnels de santé (pour qui cette vaccination est obligatoire).

La possibilité d’un lien entre vaccination anti-VHB et SEP a été explorée par de nombreux travaux épidémiologiques (voir infra). À ce jour, aucun lien statistiquement significatif n’a été montré, sauf dans une étude, mais sur des effectifs trop limités (11 patients vaccinés) pour conclure à un sur-risque.

De ce fait, la Commission nationale de pharmacovigilance française a estimé, en 2011, que les données scientifiques disponibles n’avaient pas permis de démontrer l’existence d’une association significative entre le risque de survenue d’affections démyélinisantes centrales et la vaccination contre l’hépatite B. Cet avis est en accord avec les avis rendus par les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis, le National Health System et le Multiple Sclerosis Trust du Royaume-Uni, le National Center for Immunisation Research & Surveillance australien, ou l’Agence de santé publique canadienne. À ce jour, environ 1,5 milliard de doses de vaccin anti-VHB ont été administrées dans le monde.

Ces considérations scientifiques sont parfois prises en compte de façon paradoxale dans le domaine judiciaire lorsque, par exemple, des professionnels de santé atteints de SEP qu’ils estiment secondaire au vaccin anti-VHB font une démarche d’indemnisation.

La Cour européenne de justice a d’ailleurs estimé, en 2017, que le fait qu’il n’existe pas de preuve scientifique ne doit pas complètement fermer la porte à une possible indemnisation d’un plaignant.

Autrement dit, le fait que la justice indemnise au cas par cas ne signifie pas qu’il existe un lien entre vaccination et sclérose en plaques.

Les données constituées depuis plus de quinze ans permettent d’écarter avec une grande sûreté un lien entre vaccination contre le virus de l’hépatite B (VHB) et la survenue d’une sclérose en plaques (SEP) : ce vaccin n’est pas associé à un sur-risque de développer une SEP ; il n’est pas contre-indiqué en cas de SEP préexistante ou d’antécédent familial de SEP.

Descriptif et conclusions des études épidémiologiques par ordre chronologique 

  • Zipp, Nat Medicine1999 : étude rétrospective comparant l’incidence de maladie démyélinisante chez 27229 sujets vaccinés et 107469 non vaccinés contre le VHB : pas de sur-risque deux mois, six mois, un an, deux ans ou trois ans après vaccination. (Zipp F., Weil J.G., Einhaupl K.M. No increase in demyelinating diseases after hepatitis B vaccination. Nature Medicine, 1999; 5(9): p. 964-965.)
  • Sadovnik, Lancet2000 : comparaison de l’incidence de la SEP chez deux populations : les enfants qui avaient 11 à 12 ans sur la période 1986-1992 (288657 enfants, non vaccinés) et les enfants qui avaient 11 à 12 ans sur la période 1992-1998 (289651 enfants, vaccinés à plus de 92%) : pas de différence d’incidence jusqu’à l’âge de 17 ans entre les deux populations. (Sadovnick A.D., Scheifele D.W. School-based hepatitis B vaccination programme and adolescent multiple sclerosis. Lancet, 2000; 355(9203): p. 549-550.)
  • Ascherio, NEJM2001 : étude cas-témoins comparant 192 cas de SEP et 645 contrôles : absence de lien entre SEP et vaccin anti-VHB. (Ascherio A., Zhang S.M., Hernan M.A., Olek M.J., Coplan P.M., Brodovicz K., et al. Hepatitis B vaccination and the risk of multiple sclerosis. The New England Journal of Medicine, 2001; 344: p. 327-332.)
  • Confavreux, NEJM2001 : étude rétrospective des facteurs associés à une poussée de SEP chez 643 patients déjà porteurs de cette maladie : pas de sur-risque de poussée dans les deux mois suivant une vaccination anti-VHB. (Confavreux C., Suissa S., Saddier P., Bourdes V., Vukusic S. Vaccinations and the risk of relapse in multiple sclerosis. Vaccines in Multiple Sclerosis Study Group. The New England Journal of Medicine, 2001; 344(5): p. 319-326.)
  • Touzé, Neuroepidemiol2002 : étude cas-témoins comparant 402 cas de maladie démyélinisante et 722 contrôles : pas de sur-risque de première poussée de maladie dans les deux mois suivant une vaccination anti-VHB. (Touze E., Fourrier A., Rue-Fenouche C., Ronde-Oustau V., Jeantaud I., Begaud B., et al. Hepatitis B vaccination and first central nervous system demyelinating event: a case-control study. Neuroepidemiology, 2002; 21(4): p. 180-186.)
  • DeStefano, Arch Neurol2003 : étude cas-témoins comparant 440 cas de SEP et de névrite optique et 950 témoins : pas de sur-risque de SEP dans l’année ou dans les cinq ans suivant une vaccination anti-VHB. (DeStefano F., Verstraeten T., Jackson L.A., Okoro C.A., Benson P, Black S.B., et al. Vaccinations and risk of central nervous system demyelinating diseases in adults. Archives of Neurology, 2003; 60 (4): p. 504-509.)
  • Hernan, Neurology2004 : étude cas-témoins comparant 163 cas de SEP et 1604 contrôles : il y a 3,1 fois plus de vaccinés dans le groupe SEP [IC95% ; 1,5-6,3] mais sur des effectifs trop faibles (11 vaccinés dans le groupe SEP, soit 6,7 % de cette population) pour conclure à un sur-risque. (Hernan M.A., Jick S.S., Olek M.J., Jick H. Recombinant hepatitis B vaccine and the risk of multiple sclerosis: a prospective study. Neurology, 2004; 63(5): p. 838-842.)
  • Mikaeloff, Brain2007 : suivi d’une cohorte de 356 enfants ayant eu une première poussée de maladie démyélinisante : pas de sur-risque d’évolution ultérieure vers un diagnostic confirmé de SEP en cas de vaccination anti-VHB. (Mikaeloff Y., Caridade G., Assi S., Tardieu M., Suissa S. Hepatitis B vaccine and risk of relapse after a first childhood episode of CNS inflammatory demyelination. Brain, 2007;130(Pt 4) : p. 1105-1110.)
  • Mikaeloff, Arch Pediat Adol Med2007 : étude pédiatrique cas-témoins comparant 143 cas de SEP et 1122 témoins : pas de sur-risque de première poussée de SEP dans les trois ans suivant une vaccination anti-VHB. (Mikaeloff Y., Caridade G., Rossier M., Suissa S., Tardieu M. Hepatitis B vaccination and the risk of childhood-onset multiple sclerosis. Archives of Pediatrics & Adolescent Medicine 2007; 161(12): p. 1176-1182.)
  • Mikaeloff, Neurology2009 : étude pédiatrique cas-témoins comparant 349 cas de maladie démyélinisante de l’enfant et 2941 contrôles : pas de sur-risque lié au vaccin anti-VHB, quelle qu’en soit la marque (une analyse a posteriori des patients d’un sous-groupe ayant reçu d’autres vaccins, et parmi eux d’un sous-groupe ayant reçu une marque particulière de vaccin anti-VHB, détecte avec une faible marge de significativité [IC95 % ; 1,03-2,95] un sur-risque, mais cette sous-analyse a été considérée comme invalide sur le plan méthodologique). (Mikaeloff Y., Caridade G., Suissa S., Tardieu M. Hepatitis B vaccine and the risk of CNS inflammatory demyelination in childhood. Neurology, 2009; 72(10): p. 873-880.)
  • Ramagopalan, Neuroepidemiology2009 : étude cas-témoins comparant 14362 cas de SEP et 7671 contrôles : absence de lien entre SEP et vaccin anti-VHB. (Ramagopalan S.V., Valdar W., Dyment D.A., DeLuca G.C., Yee I.M., Giovannoni G., et al. Association of infectious mononucleosis with multiple sclerosis. A population-based study. Neuroepidemiology, 2009; 32(4): p. 257-262.)
  • Langer-Gould, JAMA Neurology2014 : étude cas-témoins comparant 780 cas de maladie démyélinisante et 3885 contrôles : absence de lien entre SEP et vaccin anti-VHB. (Langer-Gould A., Qian L., Tartof S.Y., Brara S.M., Jacobsen S.J., Beaber B.E., et al. Vaccines and the risk of multiple sclerosis and other central nervous system demyelinating diseases. JAMA Neurology, 2014; 71(12): p. 1506-1513.)

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