Rougeole

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La rougeole demeure dans le monde l’un des grands fléaux infectieux. D’après les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle serait encore responsable, en 2016, d’environ 90 000 décès, en majorité chez des enfants âgés de moins de 5 ans.
En France, même si la couverture vaccinale vis-à-vis de la rougeole à l’âge de 2 ans progresse régulièrement, elle n’atteint toutefois pas les 95% requis pour son élimination (pour la première et la deuxième dose de vaccin).
En France, la vaccination contre la rougeole est obligatoire chez tous les nourrissons nés à partir du 1er Janvier 2018. 
La rougeole est l’une des maladies infectieuses les plus contagieuses ; elle est due à un virus du genre Morbillivirus de la famille des virus Paramyxoviridae. Elle se transmet surtout par voie aérienne à partir des secrétions naso-pharyngées, et plus rarement par des objets contaminés.

Clinique

Les premiers symptômes apparaissent en moyenne dix jours après le contact infectant. La période de contagiosité débute dans les cinq jours précédant l’éruption et se prolonge cinq jours après.

La rougeole non compliquée se caractérise par quatre phases :

  • une incubation de dix jours ;
  • une invasion de quatre jours : température de 39-40°C, irritabilité chez le petit enfant, anorexie, catarrhe oculo-nasal, diarrhée, signe de Koplick (énanthème ponctué de petits points blanchâtres et saillants apparaissant sur la face interne des joues et au fond du vestibule inférieur, première manifestation de la rougeole, précédant l’exanthème) ;
  • une phase d’état de quatre à cinq jours où l’éruption débute derrière les oreilles, puis gagne de façon descendante tout le corps en trois jours ;
  • une évolution en général favorable avec une disparition de la fièvre et de l’éruption en quatre à cinq jours.

Dans tous les cas, le patient reste asthénique pendant plusieurs jours voire semaines après la guérison.

Complications de la rougeole
Les complications de la rougeole sont assez fréquentes et peuvent être graves. Elles sont de quatre ordres :

  • surinfections ORL et de l’arbre respiratoire par des pyogènes :
    • pneumopathies ;
    • laryngite sous glottique ;
    • otite purulente moyenne aigue ;
  • pneumopathies directement dues au virus ou « poumon rougeoleux » ;
  • encéphalite aiguë de la rougeole, survenant à la phase d’état ;
  • pan-encéphalite sclérosante subaiguë (PESS) : maladie dégénérative lente du système nerveux central, liée à la persistance du virus morbilleux. Complication tardive, constamment mortelle, survenant quatre à dix ans après la rougeole. Son incidence varie selon l’âge de survenue de la rougeole, compliquant 1 cas sur 100 000 si la rougeole survient après l’âge de 5 ans, mais pouvant aller jusqu’à 18 cas pour 100 000 lorsque la rougeole survient avant l’âge de 1 ans.

La fréquence des complications et la létalité sont plus élevées chez les enfants âgés de moins de 1 an ainsi que chez les sujets âgés de 15 ans et plus.

Diagnostic biologique

Conformément au Plan français d’élimination de la rougeole, un diagnostic clinique de rougeole doit être confirmé par la biologie.

La confirmation biologique de la rougeole repose :

  • sur le diagnostic indirect par la recherche d’anticorps anti-rougeoleux dans le sérum ou le liquide buccal (« kit salivaire »). Les kits salivaires sont disponibles auprès des agences régionales de santé (ARS). Ils doivent être transmis au centre national de référence (CNR) Rougeole pour leur exploitation biologique ;
  • sur les techniques directes de détection du virus de la rougeole à partir d’échantillons de liquide buccal (« kit salivaire »), respiratoires (aspiration nasale, écouvillonnage rhino-pharyngé), d’urines, et de sang total prélevé pendant la période virémique.

La sérologie rougeole par la recherche des IgM spécifiques est la technique de référence pour le diagnostic de l’infection aiguë. Les anticorps anti-rougeoleux de classe IgM recherchés par une technique de type immunocapture apparaissent dans les trois jours suivant le début de l’éruption et quasiment en même temps que les anticorps de classe IgG, et peuvent persister jusqu’à deux mois après l’éruption. Un seul échantillon sanguin pour la détection d’IgM est généralement suffisant pour le diagnostic. Cependant, la négativité de la recherche d’IgM dans un prélèvement réalisé au cours des trois premiers jours de l’éruption ne permet pas d’éliminer le diagnostic et doit conduire à une nouvelle recherche sur un second échantillon plus tardif. La séroconversion des anticorps anti-rougeoleux de classe IgG entre deux échantillons sanguins prélevés à au moins dix jours d’intervalle permet également de confirmer le diagnostic de rougeole. Cependant, cette méthode diagnostique reste peu adaptée au diagnostic d’une infection aiguë (passage en parallèle et par la même technique des deux sérums).

Les techniques de détection directe du virus utilisées en routine sont des techniques d’amplification de l’ARN viral par RT-PCR après extraction des acides nucléiques. L’ ARN viral peut être détecté dans les prélèvements effectués (cf. ci-dessus), de trois jours avant le début de l’éruption jusqu’à une semaine après. Le génotypage viral, effectué à partir de chaque échantillon positif en RT-PCR, est réalisé de façon systématique par le CNR Rougeole pour le suivi épidémiologique de l’infection au niveau national et mondial dans le cadre de l’OMS. Seul le séquençage avec identification du génotype permet un diagnostic différentiel entre virus sauvage et virus vaccinal, sachant que la souche vaccinale est de génotype A.

L’isolement du virus de la rougeole en culture n’est pas pratiqué en diagnostic de routine ; il peut s’effectuer sur des prélèvements de rhino-pharynx, d’urine et des lymphocytes sanguins au cours des phases d’invasion et éruptive. Un isolat permet le génotypage de la souche.

Depuis le 4 juillet 2005, la rougeole est redevenue une maladie à déclaration obligatoire (DO).

Épidémiologie/Couverture vaccinale

L’homme est le seul réservoir de virus de la rougeole, et l’on peut espérer éliminer la rougeole d’un pays grâce à une vaccination généralisée voire, à terme, éradiquer la maladie à l’échelle mondiale. Les pays de la région Europe de l’OMS, dont la France, s’étaient fixé un objectif d’élimination de la rougeole en 2010 qui a dû être repoussé à 2020 en raison de la persistance de foyers épidémiques dans de nombreux pays de la région.

En France, avant la mise en œuvre d’une vaccination de routine des nourrissons contre la rougeole, plus de 500000 cas survenaient en moyenne chaque année. Au début des années quatre-vingt, entre 10 et 30 encéphalites aiguës et un nombre similaire de panencéphalites subaiguës sclérosantes étaient recensées annuellement. Jusqu’en 1988, le nombre de décès dus à la rougeole se situait entre 15 et 30 par an.

À la suite de l’inclusion de la valence rougeole dans le calendrier vaccinal du nourrisson en 1983 et de la mise en œuvre des campagnes de promotion de la vaccination, la couverture vaccinale à l’âge de 2 ans a progressé régulièrement en France mais sans atteindre toutefois les 95% de couverture vaccinale requis pour l’élimination (pour 1 et 2 doses de vaccin). Ainsi, en 2016, cette couverture est de 90,3% pour la première dose et 80,1% pour la seconde dose.

Bien qu’incomplet, le rattrapage après l’âge de 2 ans progresse, en particulier concernant la seconde dose, comme en témoignent les enquêtes menées en milieu scolaire. En 2012-2013, en grande section de maternelle (6 ans), la couverture vaccinale était de 96,4% pour la première dose et 83,2% pour la seconde dose, contre respectivement 93,3% et 44,3% en 2005-2006. La couverture mesurée auprès des élèves en classe de CM2 en 2014-2015 était de 97,7% pour la première dose et de 93,2% pour la seconde dose, et celle mesurée auprès des élèves de classe de 3e en 2008-2009 était de 95,5% pour la première dose et de 89,9% pour la seconde dose (sources : Drees, Santé publique France, DESco).

La rougeole a été surveillée par le réseau de médecins généralistes Sentinelles (unité Inserm 707) de 1985 à 2005. La courbe épidémiologique objective la nette diminution d’incidence de la maladie depuis la fin des années quatre-vingt, reflet de l’élévation de la couverture vaccinale (figure 1).

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La maladie étant devenue plus rare, les estimations de l’incidence sont devenues moins précises et la surveillance par le réseau Sentinelles ne garantissait plus la détection de cas groupés ; c’est pourquoi la rougeole a été réinscrite en 2005 sur la liste des maladies à déclaration obligatoire (DO). En 2006 et 2007, 44 et 40 cas ont été respectivement déclarés.

Du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2017, plus de 24500 cas de rougeole ont été déclarés en France (dont près de 15000 cas pour la seule année 2011). Après avoir fortement diminué en 2012, le nombre de cas déclarés est resté stable en 2013 et 2014 (respectivement 859, 259 et 267 cas). En 2015, le nombre de cas augmentait de nouveau (364 cas), en lien avec un important foyer épidémique en Alsace (230 cas). En 2016, une circulation moindre du virus de la rougeole a été notée avec seulement 79 cas déclarés, puis elle s’est intensifiée en 2017 avec un total de 519 cas déclarés, en lien surtout avec des foyers épidémiques en Lorraine, Nouvelle Aquitaine et Occitanie.

Au cours de ces dix années, plus de 1500 de ces cas ont présenté une pneumopathie grave, 38 une complication neurologique (35 encéphalites, 1 myélite, 2 Guillain-Barré) et 11 sont décédés. Mais 9 décès supplémentaires ont pu être identifiés lors de l’analyse des certificats de décès parvenus à l’Inserm CépiDC entre 2008 et 2014, portant à 20 le nombre total de décès de rougeole survenus sur la période 2008-2017.

La France reste un pays endémique pour la rougeole : avec plus de 2 000 cas déclarés dans les quatre premiers mois de 2018, l’incidence a été multipliée par dix comparativement à celle observée sur la même période en 2017 (figure 2), en lien avec un important foyer épidémique en Nouvelle Aquitaine (50 % des cas déclarés) depuis novembre 2017 (données provisoires au 18/05/2018). Parmi ces derniers cas, une jeune femme de 32 ans non vaccinée ainsi qu'un homme de 26 ans et une jeune fille de 17 ans, tous deux immunodéprimés, sont décédés, portant à 23 le nombre de décès par rougeole depuis 2008.

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Le vaccin contre La Rougeole

RECOMMANDATIONS GÉNÉRALES

La vaccination contre la rougeole est obligatoire pour tous les enfants nés à partir du 1er janvier 2018. La première dose est administrée à 12 mois et la seconde entre 16 et 18 mois.

Les personnes nées depuis 1980 devraient avoir reçu au total deux doses de vaccin trivalent (délai minimum d’un mois entre les deux doses), quels que soient les antécédents vis-à-vis d’une des trois maladies. D’une part, en effet, le fait d’avoir présenté l’une de ces maladies ne protège pas contre les deux autres et, d’autre part, administrer un vaccin vivant atténué à une personne déjà immunisée ne présente aucun inconvénient (le virus vaccinal sera simplement inactivé par les anticorps préexistants).

RECOMMANDATIONS PARTICULIÈRES

La conduite à tenir autour d'un cas ou de plusieurs cas de rougeole est définie dans la circulaire du ministère de la Santé N°DGS/SP/SP1/2018/205 du 28 septembre 2018

AUTOUR D'UN CAS

Vaccination

Des mesures préventives vaccinales pour les personnes potentiellement réceptives (sans antécédent certain de rougeole ou n’ayant pas reçu deux doses de vaccin dans le passé) et exposées à un cas de rougeole sont recommandées. Ces mesures concernent : les contacts autour d’un cas clinique ou confirmé biologiquement pour les contacts proches, et les contacts d’un cas confirmé biologiquement pour les situations concernant une collectivité.

Conduite à tenir autour d'un cas de rougeole

Vaccination autour d’un cas de rougeole

Nourrissons âgés de 6 à 11 mois révolus :
une dose de vaccin trivalent (hors AMM entre 6 et 8 mois révolus) dans les soixante-douze heures suivant le contact présumé.
Si cette vaccination n’a pas été effectuée dans ce délai : indications d’immunoglobulines.
La vaccination ultérieure contre la rougeole suit les recommandations générales (une dose à 12 mois et une dose entre 16 et 18 mois).

Personnes âgées d’au moins 1 an et nées depuis 1980 : une dose de vaccin trivalent dans les soixante-douze heures suivant le contact présumé et mise à jour de la vaccination conformément au calendrier vaccinal pour atteindre deux doses de vaccin contenant la rougeole.

Professionnels de santé ou personnels de la petite enfance sans antécédent de rougeole et/ou n’ayant pas reçu deux doses : une dose de vaccin trivalent quel que soit leur âge.

Recommandations chez les professionnels de santé et de la petite enfance

Personnels de la petite enfance et professionnels de santé, en formation, à l’embauche ou en poste.

Personnels des services accueillant des patients à risque de rougeole grave (immunodéprimés, femmes enceintes, pédiatrie, etc.) doivent être vaccinés en priorité.

Nés depuis 1980 : mise à jour du calendrier vaccinal selon les recommandations générales (cf. plus haut).

Nés avant 1980 non vaccinés, sans antécédent de rougeole ou dont l’histoire est douteuse : une dose de vaccin trivalent.

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Réalisée dans les soixante-douze heures qui suivent le contact avec un cas, l’administration d’une dose de vaccin permet d’éviter la survenue de la maladie dans 60 à 100% des cas. Au-delà de soixante-douze heures, cette vaccination reste utile pour une protection ultérieure dans l’hypothèse où la personne n’aurait pas été contaminée.

En outre, un délai d’au moins neuf mois est à respecter chez une personne ayant reçu des immunoglobulines en prophylaxie post-exposition de la rougeole avant de la vacciner contre la rougeole, les oreillons et la rubéole. Ce délai peut être porté à douze mois pour les nourrissons ayant reçu des doses élevées d’immunoglobulines (2g/kg) telles qu’utilisées pour traiter la maladie de Kawasaki.

Immunoglobulines polyvalentes

Dans certaines situations, le vaccin ne peut être réalisé et on aura recours en cas d’exposition aux immunoglobulines polyvalentes. L’intérêt de leur administration après exposition à un cas confirmé est évalué au cas par cas. Elles doivent être administrées au cours des six jours qui suivent le contage. Les indications recommandées par le Conseil supérieur d’hygiène publique (CSHP) sont :

  • les femmes enceintes non vaccinées et sans antécédent de rougeole ;
  • les personnes immunodéprimées, quels que soient leur statut vaccinal et leurs antécédents avérés de rougeole ;
  • les enfants de moins de 6 mois dont la mère n’a pas d’antécédents de rougeole et n’a pas été vaccinée ;
  • les enfants âgés de 6 à 11 mois qui n’auraient pas reçu de vaccination dans les soixante-douze heures après contact (quel que soit le statut vaccinal de la mère ou ses antécédents de rougeole) ;
  • les enfants de moins de 6 mois dont la mère présente une rougeole.

Leur administration se fait par voie intraveineuse et nécessite une courte hospitalisation.

Après avoir reçu des  immunoglobulines polyvalentes suite à une exposition à la rougeole, une vaccination avec le vaccin trivalent est recommandée aux âges prévus par le calendrier vaccinal. Un délai d’au moins neuf mois après l’administration des immunoglobulines sera respecté.

EN SITUATION DE CAS GROUPÉ

En situation de cas groupés, des mesures vaccinales particulières et supplémentaires sont proposées. Elles reposent sur la notion qu’en situation épidémique, la valeur prédictive positive du diagnostic clinique est plus élevée qu’en situation endémique. La vaccination est ainsi recommandée aux contacts proches et en collectivité sans attendre les résultats de laboratoire.

Comme précisé plus haut, l’administration d’une dose de vaccin, réalisée dans les soixante-douze heures qui suivent le contact avec un cas, peut éviter la survenue de la maladie. Au-delà de soixante-douze heures, cette vaccination reste utile pour une protection ultérieure dans l’hypothèse où la personne n’aurait pas été contaminée.

Dans ce cadre (cas groupés), toutes les personnes, y compris celles nées avant 1980, sans antécédent connu de rougeole devraient compléter leur vaccination jusqu’à obtenir en tout deux doses de vaccin trivalent.

Dans tous les cas, lorsque la situation requiert deux doses, l’intervalle entre celles-ci sera d’au moins un mois.

EN MILIEU PROFESSIONNEL

Il est indispensable que les professionnels de santé (en formation, à l’embauche ou en poste) nés après 1980 soient vaccinés, comme le reste de la population générale.

Par ailleurs, les personnes nées avant 1980, non vaccinées et sans antécédent connu de rougeole ou de rubéole, qui exercent des professions de santé (en formation, à l’embauche ou en poste) doivent recevoir une dose de vaccin trivalent rougeole-oreillons-rubéole. La vaccination avec une dose de vaccin trivalent ROR est d’autant plus recommandée pour les personnes travaillant dans les services accueillant des patients à risque de rougeole grave (immunodéprimés). Plus largement, les professionnels travaillant au contact des enfants doivent aussi recevoir une dose de vaccin trivalent rougeole-oreillons-rubéole.

Pour l’ensemble de ces personnels, si les antécédents de vaccination ou de maladie (rougeole, rubéole) sont incertains, la vaccination peut être réalisée sans contrôle sérologique préalable.

Au contact d’un cas de rougeole, il est recommandé d’administrer une dose de vaccin trivalent à tous les personnels susceptibles d’être ou d’avoir été exposés et pour lesquels il n’existe pas de preuve de rougeole antérieure, ou qui n’ont pas reçu auparavant une vaccination complète à deux doses. Cette vaccination, si elle est réalisée dans les soixante-douze heures qui suivent un contact avec un cas, peut éviter la survenue de la maladie. Elle reste préconisée même si ce délai est dépassé.

SCHÉMA DE VACCINATION

  • Nourrissons : une dose du vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole à l’âge de 12 mois (co-administration possible avec le vaccin contre les infections invasives à méningocoque C) et une seconde dose entre 16 et 18 mois.
  • Personnes nées depuis 1980 et âgées de plus de 18 mois : rattrapage pour obtenir, au total, deux doses de vaccin trivalent ROR, quels que soient les antécédents vis-à-vis des trois maladies.

Le taux de séroconversion immédiate à la suite d’une vaccination contre la rougeole réalisée après l’âge de 12 mois est très élevé ; il varie, suivant les études, entre 97% et 100%. Le pouvoir protecteur réel, tel que les études épidémiologiques peuvent le mesurer à l’occasion de phénomènes épidémiques, varie entre 90% et 95% pour des enfants vaccinés plusieurs années auparavant. Les enquêtes ayant conclu à un pouvoir protecteur voisin de 95% sont cependant majoritaires.

L’immunité post-vaccinale est de très longue durée ; elle est présente même chez les sujets ne présentant plus d’anticorps sériques (présence d’une immunité cellulaire). Cela est attesté par la réponse anamnestique [montée rapide des anticorps reflétant une immunité pré-existante] observée chez ces sujets à l’occasion d’une revaccination. La durée réelle de la protection est difficile à évaluer du fait de l’existence de rappels naturels à l’occasion de contacts des sujets vaccinés avec le virus de la rougeole mais, à ce jour, les échecs de la vaccination en rapport avec une disparition de la protection avec le temps paraissent jouer un rôle marginal dans la transmission du virus.

Le virus de la rougeole a été isolé et cultivé en 1954 par Enders et Peeble. À partir d’une souche dénommée Edmonston, de nombreux vaccins ont été élaborés. Tous les vaccins actuels sont des vaccins vivants atténués utilisant soit la souche Edmonston, soit une variante encore atténuée de celle-ci, la souche Schwarz.

Le vaccin rougeoleux n’existe qu’en association avec les vaccins contre les oreillons et la rubéole (vaccins trivalents). Deux vaccins trivalents sont actuellement sur le marché en France : le vaccin MMRVaxPro®, qui utilise la souche Edmonston Enders, et le vaccin Priorix®, qui utilise la souche Schwarz.

Nom commercial*

Priorix® M-M-RVaxpro®

Maladies
concernées

Rougeole, Oreillons, Rubéole

Type de vaccin Trivalent
Pour qui ? Nourrissons, enfants, adultes
Remboursement** Pris en charge à 100% par l’assurance maladie pour les enfants de 1 à 17 ans, et à 65% à partir de 18 ans**
Nom
commercial*
Maladies
concernées
Type
de vaccin
Pour qui ? Remboursement

Priorix® M-M-RVaxpro®

Rougeole, Oreillons, Rubéole

Trivalent Nourrissons, enfants, adultes Pris en charge à 100% par l’assurance maladie pour les enfants de 1 à 17 ans, et à 65% à partir de 18 ans**

* Cliquer sur le nom du vaccin pour obtenir son prix et plus d’informations.
** Le montant restant est généralement remboursé par les complémentaires-santé (mutuelles).

 

Il convient de se référer à la notice de ce vaccin, disponible sur le site de la base de données publique des médicaments, pour connaître l’ensemble des contre-indications.

Ces vaccins ont les contre-indications suivantes, liées à leur caractère vivant et à leur mode de production :

  • hypersensibilité aux substances actives ou à l’un des excipients ou à la néomycine ;
  • déficit sévère de l'immunité humorale ou cellulaire (primaire ou acquis), par exemple déficit immunitaire combiné sévère, agammaglobulinémie et sida ou infection symptomatique due au VIH ou avec un taux âge-dépendant de lymphocytes T CD4+ chez les enfants de moins de 12 mois : CD4+ <25% ; enfants de 12 à 35 mois : CD4+ <20% ; enfants de 36 à 59 mois : CD4+ <15% ;
  • comme pour les autres vaccins vivants, l’administration de vaccins trivalents ROR doit être différée chez les sujets atteints de maladies fébriles sévères aiguës. Une infection bénigne, tel qu’un rhume, ne devrait pas entraîner de report de la vaccination.

Vaccin et grossesse

Les femmes enceintes ne doivent pas être vaccinées avec ce vaccin.

Toutefois, aucun effet délétère sur le fœtus n’a été documenté après l’administration chez la femme enceinte de vaccins contre la rougeole, les oreillons ou la rubéole.

Par conséquent, la vaccination par inadvertance de femmes enceintes n’ayant pas connaissance de leur grossesse, avec l’un des vaccins contre la rougeole, les oreillons et la rubéole ne doit pas être un motif d’interruption de grossesse.

Toute grossesse doit être évitée dans le mois suivant la vaccination. Il convient de conseiller aux femmes ayant l’intention de débuter une grossesse de différer leur projet.

Mises en garde et précautions particulières d’emploi

Les valences rougeole et oreillons du vaccin étant produites sur culture cellulaire d’embryon de poulet, il convient d’utiliser ce vaccin avec précaution en cas d’antécédents d’allergie avérée aux protéines de l’œuf.

Ce vaccin doit être administré avec prudence chez les personnes ayant un trouble du système nerveux central (SNC), une prédisposition aux convulsions fébriles ou des antécédents familiaux de convulsions. Les sujets vaccinés ayant des antécédents de convulsions fébriles doivent faire l’objet d’une surveillance étroite.

En raison de la présence de sorbitol, ce vaccin ne doit pas être utilisé en cas d’intolérance au fructose.

Des cas d’aggravation de thrombocytopénie et de récidive de thrombocytopénie chez des sujets ayant présenté une thrombocytopénie après la première dose ont été rapportés après une vaccination par des vaccins vivants rougeoleux, des oreillons et rubéoleux. La thrombocytopénie associée à la vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole est rare et généralement spontanément résolutive. Chez les patients présentant une thrombocytopénie ou ayant un antécédent de thrombocytopénie après une vaccination contre la rougeole, les oreillons ou la rubéole, le rapport bénéfice-risque de l’administration de ce vaccin doit être soigneusement évalué. Ces patients doivent être vaccinés avec précaution et de préférence par voie sous-cutanée.

Patients immunodéprimés

La vaccination peut être envisagée chez les patients présentant certains déficits immunitaires chez qui les bénéfices attendus sont supérieurs aux risques (par exemple, sujets infectés par le VIH asymptomatiques, déficits en sous-classe d’IgG, neutropénie congénitale, maladie granulomateuse chronique, déficits en complément).

Les patients immunodéprimés ne présentant pas de contre-indication à cette vaccination peuvent ne pas répondre aussi bien que les sujets immunocompétents ; par conséquent, certains de ces patients peuvent contracter la rougeole, les oreillons ou la rubéole en cas de contact, malgré l’administration appropriée du vaccin. Ces patients doivent être attentivement surveillés, afin de détecter tout signe de rougeole, oreillons et rubéole.

Il convient de se référer au résumé des caractéristiques du produit (RCP) de ce vaccin, disponible sur le site de la base de données publique des médicaments, pour connaître l’ensemble des effets indésirables.

La valence rougeoleuse est responsable de fièvre, parfois associée à une éruption cutanée, chez environ 5 à 10% des sujets vaccinés, du 5ème au 12ème jour suivant l’injection ; une fièvre supérieure à 39 °C survient dans 5% des cas. Cette fièvre peut, exceptionnellement, provoquer des convulsions chez des enfants présentant des antécédents personnels ou familiaux de convulsions. Ce risque de convulsions fébriles, d’évolution toujours favorable, a une incidence de l’ordre de 1 cas pour 4 millions de doses. Ces effets indésirables sont moins fréquents après la seconde dose du vaccin et ne se produisent, en général, que chez les sujets non protégés par la première dose. Une thrombopénie transitoire peut également survenir dans le mois suivant l’immunisation (1 cas pour 50000 à 100000 doses).

L’incidence du risque d’encéphalites attribuables au vaccin vivant atténué contre la rougeole est de l’ordre de 3,4 pour 10 millions de doses, soit nettement moindre que celle signalée après une infection naturelle (environ 1 cas pour 1000).

Les effets indésirables doivent être déclarés au centre régional de pharmacovigilance correspondant au lieu d’exercice du médecin traitant/spécialiste du patient.

A savoir :
ROR et autisme
Un lien entre vaccination anti-rougeole et autisme a été évoqué, mais sans qu’aucun fait ne vienne étayer cette hypothèse. En savoir plus : ici

Le vaccin contre la rougeole peut être prescrit par :

  • un médecin ;
  • une sage-femme pour les femmes, l’entourage des femmes enceintes et l’entourage du nouveau-né jusqu’à ses 8 semaines.

Le vaccin est totalement pris en charge par l'Assurance maladie jusqu’à 17 ans inclus et à 65% à partir de 18 ans. Le montant restant est alors généralement remboursé par les complémentaires-santé (mutuelles).

Il est disponible en pharmacie et doit être conservé au réfrigérateur entre + 2° C et + 8° C. Il ne doit pas être congelé.

L’administration du vaccin peut être réalisée par un médecin, un infirmier sur prescription médicale, ou une sage-femme, en libéral, en PMI pour les enfants de moins de 6 ans, ou dans un centre de vaccination public. Dans ce cas, la prescription, la délivrance du vaccin et la vaccination peuvent s’effectuer sur place.

L’injection du vaccin est prise en charge par l’Assurance maladie et les complémentaires-santé dans les conditions habituelles.

Lorsque la vaccination est recommandée dans le cadre de l’exercice professionnel, il appartient à l’employeur d’organiser la vaccination de ses personnels.

Il n’y a pas d’avance de frais pour la consultation dans les centres de vaccination publics ou en PMI.

Le vaccin se présente sous forme de poudre. Il est reconstitué avec 0,5 ml d’eau pour préparations injectables.

Le vaccin est administré par voie sous-cutanée ou intramusculaire.

À savoir
Afin de savoir s’il existe des difficultés d'approvisionnement de vaccins, consultez la rubrique dédiée sur le site Internet de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

Administration avec d’autres vaccins

Il convient de se référer au résumé des caractéristiques du produit (RCP) de ces vaccins, disponible sur le site de la base de données publique des médicaments.

Les vaccins trivalents ROR peuvent être administrés en même temps que les vaccins monovalents ou combinés suivants, à condition de respecter des sites d’injection séparés :

  • vaccins hexavalents,
  • vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche acellulaire (DTCa),
  • vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche acellulaire à teneur réduite en antigènes (dTPca),
  • vaccin Haemophilus influenzae b,
  • vaccin poliomyélitique inactivé,
  • vaccin hépatite B,
  • vaccin hépatite A,
  • vaccin méningococcique du groupe B,
  • vaccin conjugué méningococcique du groupe C,
  • vaccin conjugué méningococcique des groupes ACYW,
  • vaccin contre la varicelle,
  • vaccin poliomyélitique oral,
  • vaccin conjugué pneumococcique 13-valent.

Interaction avec d’autres médicaments et autres formes d’interactions

Chez les patients ayant reçu des gammaglobulines ou une transfusion sanguine, la vaccination devra être différée de trois mois ou plus (jusqu’à onze mois) selon la dose d’immunoglobulines humaines administrée, en raison du risque d’échec vaccinal dû aux anticorps dirigés contre la rougeole, les oreillons et la rubéole acquis de façon passive.

Si un test tuberculinique doit être fait, il est préférable de l’effectuer avant ou en même temps que l’administration d’un vaccin trivalent ROR, car le vaccin vivant contre la rougeole pourrait entraîner une diminution temporaire de la capacité à répondre à l’intradermoréaction. Cette baisse de la réactivité peut durer quatre à six semaines et le test à la tuberculine ne devra pas être fait pendant cette période post-vaccinale, afin d’éviter des résultats faussement négatifs.

Clinique/Recommandations

Epidémiologie

Efficacité

  • Gans H. A., Ren J., Yasukawa L. L., Alderson A., Rinki M., DeHovitz R., et al. Humoral and cell-mediated immune responses to an early 2-dose measles vaccination regimen in the United-States. The Journal of Infectious Diseases. 2004; 190(1): p. 83-90.
  • Markowitz L.E., Preblud S.R., Fine P.E., Orenstein W.A. Duration of live measles vaccine induced immunity. The Pediatric Infectious Disease Journal. 1990; 9(2): p. 101-110.