Retrouvez ici la carte postale "Vaccination des femmes enceintes"
Outre la vaccination pré-conceptionnelle, la vaccination pendant la grossesse est désormais un outil important de prévention pour protéger la mère et/ou le nouveau-né et le jeune nourrisson contre des maladies potentiellement graves.
Actuellement en France, quatre vaccinations sont recommandées spécifiquement pendant la grossesse : les vaccinations contre :
- la coqueluche
- la grippe saisonnière
- la COVID-19
- le virus respiratoire syncytial (VRS) ou bien l’immunothérapie passive du nouveau-né.
L’efficacité et la tolérance de ces vaccins ont été clairement démontrées.
Vaccins sous-unitaires ou inactivés
Le vaccin antigrippal inactivé est recommandé pour toutes les femmes enceintes avant/au début de la saison épidémique, quel que soit le trimestre de la grossesse. Les femmes enceintes et leur fœtus présentent un risque accru de complications liées à la grippe (hospitalisation, avortement, prématurité, retard de croissance intra-utérin). Les nourrissons peuvent être partiellement protégés par les anticorps transférés par voie transplacentaire suite à une vaccination maternelle per partum.
Le vaccin contre la COVID-19 avec un vaccin à ARNm est recommandé quel que soit le trimestre de grossesse. Les études n'ont pas montré de conséquences néfastes sur le déroulement de la grossesse ou le développement de l'embryon ou du fœtus.
La vaccination contre la coqueluche est recommandée aux femmes enceintes dès le 2e trimestre de grossesse (de préférence entre 20 SA et 36 SA). Elle permettra d’assurer une protection passive et transitoire du nouveau-né et du jeune nourrisson grâce au transfert actif transplacentaire des anticorps maternels.
- Si la femme n’a pas été vaccinée contre la coqueluche pendant la grossesse, toute personne susceptible d’être en contact étroit et durable avec le nourrisson au cours de ses 6 premiers mois doit être vacciné. Ceci concerne la mère en post partum immédiat (avant la sortie de la maternité), même si elle allaite mais aussi le père, la fratrie, les grands parents, les baby-sitters.
- Dans le cadre de cette "stratégie du cocooning", les personnes recevront une dose de rappel si leur dernière injection vis à vis de la coqueluche date de plus de 5 ans.
La vaccination se fait chez l'adulte avec le vaccin dTcaP.
La prévention de l’infection à VRS
La vaccination de la femme enceinte contre les VRS et l'immunisation passive par anticorps monoclonal s’effectuent en amont du début de la période épidémique et jusqu'à la fin de cette période. Les dates des campagnes en France hexagonale et dans les DROM sont fixées chaque année en fonction des données épidémiologiques de la saison en cours et de la dynamique des épidémies des dernières saisons.
Retrouvez l'ensemble de ces recommandations dans le document "Repères pour votre pratique - Vaccination des femmes enceintes".
En ce qui concerne les autres vaccins inactivés, les données sont plus hétérogènes.
La vaccination contre l’hépatite B, le méningocoque C conjugué et le pneumocoque, pendant la grossesse, sera adaptée en fonction du rapport bénéfice/risque et en fonction des indications du calendrier vaccinal, en particulier pour les groupes identifiés à risque élevé d’exposition ou de forme grave pendant la grossesse. Aucune complication particulière n’a été publiée pour ces vaccins en cas de grossesse.
Les données sur la vaccination contre le papillomavirus au cours de la grossesse sont encore insuffisantes. Cinq cas d’anomalies congénitales ont été rapportés après vaccination pendant la grossesse (une sténose du pylore, une hydronéphrose congénitale, un mégacôlon congénital, un pied bot et une dysplasie de la hanche) ; l’imputabilité au vaccin n’a pas été retenue par un groupe d'experts. Un registre a été mis en place aux États Unis : les données recueillies ne permettent pas de conclure à l’existence d’un lien de cause à effet entre vaccination contre HPV et malformation congénitale, mais le recueil des évènements se poursuit. La vaccination contre le papillomavirus est donc à différer après l’accouchement.
Aucune complication particulière n’a été rapportée pour les vaccins contre l’hépatite A, la typhoïde et les méningocoques. Ces vaccins peuvent être réalisés pendant la grossesse en fonction des expositions spécifiques à chacune.
Les données publiées chez les femmes enceintes exposées au vaccin contre la rage étant peu nombreuses, il convient d’éviter tout contact avec les animaux dans les zones où la rage est présente et la vaccination post-exposition sera privilégiée.
Il n’y a pas de donnée publiée chez des femmes enceintes exposées aux vaccins contre l’encéphalite japonaise ou l’encéphalite à tiques. Leur utilisation sera donc restreinte aux voyages à risque élevé si le voyage ne peut pas être différé après l’accouchement.
Aucune donnée n’est disponible sur le vaccin contre la leptospirose chez la femme enceinte. La vaccination ne sera donc proposée que dans des situations très particulières après évaluation individualisée du risque.
Vaccins vivants atténués
Ils sont en général contre-indiqués en cours de grossesse devant un risque théorique pour le fœtus (fièvre jaune, oreillons, rougeole, rubéole, tuberculose (BCG), varicelle et zona).
Le vaccin rougeole, oreillons, rubéole est contre-indiqué pendant la grossesse et pendant le mois précédant la conception. Aucun cas de rubéole congénitale lié à la vaccination n’a cependant été rapporté. De même, les données de pharmacovigilance concernant les vaccins contre les oreillons et la rougeole ne montrent pas de risque fœtal ou maternel. En cas de découverte d’une grossesse après une vaccination par le ROR, la femme enceinte peut donc être rassurée.
Une femme dépistée séronégative vis-à-vis de la rubéole à l’occasion de sa grossesse devrait être vaccinée avant sa sortie de la maternité même en cas d’allaitement.
En cas d’exposition d’une femme enceinte, non vaccinée et sans antécédent de rougeole, à un cas de rougeole, la prophylaxie repose sur l’injection d’immunoglobulines polyvalentes.
De même, la vaccination contre la varicelle est contre-indiquée chez la femme enceinte et pendant le mois précédant la conception. Il faut cependant noter que les données épidémiologiques sont rassurantes : ainsi, le registre américain recensant les cas d’administration « par erreur » de ce vaccin au cours de la grossesse n’a pas mis en évidence d’atteinte fœtale ni d’augmentation de l’incidence des malformations. Pour rappel, la vaccination contre la varicelle est fortement recommandée chez les femmes en âge de procréer, notamment celles ayant un projet de grossesse, et sans antécédent clinique de varicelle ; un contrôle sérologique préalable peut être pratiqué.
La vaccination contre la fièvre jaune peut être justifiée en cours de grossesse en cas de séjour en zone d’endémie si le voyage ne peut être reporté et après évaluation du rapport bénéfice/risque. Les données publiées chez les femmes enceintes exposées au vaccin contre la fièvre jaune sont nombreuses et rassurantes. La réponse vaccinale étant moins bonne lorsqu’une femme est primo vaccinée pendant la grossesse, l’administration d’une seconde dose est recommandée dix ans plus tard. L’allaitement doit être suspendu pendant deux semaines après une vaccination contre la fièvre jaune. En effet, des cas d’encéphalite vaccinale ont été rapportés chez des nouveau-nés dont la mère avait été vaccinée contre la fièvre jaune huit jours à un mois auparavant. Une des mères avait présenté des signes cliniques mineurs cinq jours après la vaccination (céphalées et fébricule).
Une vaccination, quelle qu’elle soit, faite par mégarde chez une femme enceinte avec les vaccins actuellement disponibles, ne justifie pas d’interrompre la grossesse. Les données de pharmacovigilance ne montrent pas d’effet des vaccins vivants atténués sur le fœtus.
Après la grossesse, la période post natale sera l’occasion de procéder à une mise à jour des vaccinations chez la mère, si elle n’a pu être réalisée avant la grossesse, en particulier pour le vaccin ROR, le vaccin contre la coqueluche et le vaccin contre la varicelle (si indication).
Femmes enceintes et voyage
Voir Recommandations pour les voyageurs
Bibliographie
Vaccins et grossesse :
- Anselem O., Parat S., Théau A., Floret D., Tsatsaris V., Goffinet F., et al. Vaccination et grossesse. Presse Med. 2014;43 : 715-721.
- Doret M., Marcellin L. Vaccination in the early post-partum: Guidelines. J Gynecol Obstet Biol Reprod. 2015 ; 44 : 1135-1140.
- Munoz F.M. Maternal immunization: an update for pediatricians. Pediatr Ann. 2013;42 : 153-158.
- Marshall H., McMillan M., Andrews R.M., Macartney K., Edwards K. Vaccines in pregnancy: The dual benefit for pregnant women and infants. Hum Vaccin Immunother. 2016; 12: 848-856.
- Swamy G.K., Heine R.P. Vaccinations for pregnant women. Obstet Gynecol. 2015; 125: 212-226.
dTcaP :
- Fortner K.B., Kuller J.A., Rhee E.J., Edwards K.M. Influenza and tetanus, diphtheria, and acellular pertussis vaccinations during pregnancy. Obstet Gynecol Surv. 2012; 67: 251-257.
- Munoz F.M., Bond N.H., Maccato M., Pinell P., Hammill H.A., Swamy G.K., et al. Safety and immunogenicity of tetanus diphtheria and acellular pertussis (Tdap) immunization during pregnancy in mothers and infants: a randomized clinical trial. JAMA. 2014; 311: 1760-1769.
Papillomavirus :
- Garland S.M., Ault K.A., Gall S.A., et al. Pregnancy and infant outcomes in the clinical trials of a human papillomavirus type 6/11/16/18 vaccine: a combined analysis of five randomized controlled trials. Obstet Gynecol. 2009; 114: 1179.
Pour en savoir plus
Vaccin fièvre jaune, Centre de référence sur les agents tératogènes
